Le SAVOIR-AGIR
numérique
Travail réel, jugement, compétences et IA
Par Éric Mateu-Huon
Le SAVOIR-AGIR numérique
désigne la capacité de décider et d’agir en situation, avec jugement, méthode et responsabilité, dans des environnements de travail transformés par l’intelligence artificielle, les données, l’automatisation et les outils numériques.
Il ne sert pas seulement à comprendre les transformations du travail. Il vise aussi à orchestrer l’action : clarifier les décisions à prendre, répartir les rôles, mobiliser les ressources pertinentes, renforcer les compétences critiques et préserver le jugement humain là où il engage une responsabilité, une qualité de décision ou une valeur organisationnelle.
Au moment où l’IA reconfigure les métiers et les compétences, cette capacité devient centrale. Les systèmes numériques peuvent exécuter certaines tâches, accélérer des processus, soutenir l’analyse et produire des recommandations. Mais l’humain doit encore contextualiser, arbitrer, vérifier, transmettre, assumer et répondre des effets produits.
« Questionner le chaos », c’est le premier geste du SAVOIR-AGIR numérique : rendre une situation complexe assez lisible pour pouvoir décider et agir.
Dans ce contexte, le chaos ne vient pas seulement des outils. Il vient des tâches qui se déplacent, des rôles qui se redéfinissent, des décisions qui se complexifient et du jugement humain qu’il faut apprendre à situer autrement.
Ici, le chaos ne désigne pas le désordre absolu. Il désigne l’incertitude créée par des transformations simultanées : travail réel, outils numériques, IA, compétences, relève, transmission et responsabilité.
« Questionner le chaos », c’est ralentir assez pour poser les bonnes questions avant d’agir :
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Qu’est-ce qui change réellement dans le travail ?
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Quelles tâches peuvent être automatisées sans perte de qualité ?
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Quelles tâches peuvent être soutenues par l’IA ?
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Quels savoirs critiques doivent être transmis avant de disparaître ?
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Quelles décisions doivent demeurer sous responsabilité humaine ?
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Quelles compétences deviennent essentielles pour préserver le jugement, la qualité et la responsabilité ?
Ces questions ne ralentissent pas l’action : elles lui donnent une direction. Elles permettent de passer du chaos à une lecture plus claire du travail réel, le véritable point de départ de toute transformation numérique.
Dans la forêt du changement, ce n’est pas l’arbre le plus visible qui compte, mais le chemin que l’on choisit… et que l’on assume.
– Éric Mateu-Huon


C’est pourquoi on ne commence pas par l’IA.
On commence par le travail réel.
Tout le monde sait que le travail change.
Peu savent quoi faire dans l’action.
Le SAVOIR-AGIR numérique, ce n’est pas un outil.
Ce n’est pas un vocabulaire à la mode.
Ce n’est pas un discours inspirant de plus.
C’est une capacité d’action :
savoir quoi faire, avec quelles ressources, dans quel contexte, avec quel jugement, pour quelle valeur humaine et organisationnelle.
LE SAVOIR-AGIR NUMÉRIQUE

Cette capacité devient numérique lorsqu’elle permet de comprendre ce que les technologies transforment dans le travail réel, puis de décider quoi automatiser, quoi soutenir par l’IA, quoi transmettre et quoi préserver sous responsabilité humaine.
L’enjeu n’est donc plus seulement de mobiliser des ressources, mais d’arbitrer, en contexte, entre les possibilités offertes par les systèmes numériques, les exigences du jugement professionnel et les responsabilités liées à l’action.
Mes recherches visent à formaliser ces critères de jugement, à les rendre observables dans les situations de travail et à mieux comprendre leurs effets sur les compétences, la relève, le transfert des savoirs critiques et la qualité de la prise de décision.
Visuel créé avec l’aide de l’IA.
Un cadre d'intervention en trois mouvements
L’IA accélère l’exécution.
Le SAVOIR-AGIR numérique maintient l’humain dans son rôle essentiel : questionner le chaos, décoder le travail réel et orchestrer l’action, tout en assumant la responsabilité de ses arbitrages et de leurs résultats.
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Dans cette perspective, parler de compétences ne suffit pas.
Une compétence prend tout son sens lorsqu’elle permet de décider, d’agir, de collaborer, de vérifier, de transmettre et d’assumer les conséquences d’une décision dans une situation réelle. Le moteur de cette démarche, c’est l’esprit critique : questionner, relier, vérifier, décider, puis agir.
Au cœur de la transformation numérique, les bonnes questions ne sont donc pas seulement technologiques. Elles sont aussi professionnelles, pédagogiques, organisationnelles et humaines.
Ce questionnement permet ensuite d’arbitrer, puis de traduire les choix en compétences critiques, en responsabilités clarifiées, en savoirs à transmettre et en actions utiles.
C’est dans cet arbitrage que le SAVOIR-AGIR numérique prend forme : il relie les tâches, les ressources, les compétences, les outils numériques et le jugement afin de soutenir une décision contextualisée.
Cette approche s’inscrit dans une lecture située de la compétence. Celle-ci ne se réduit ni à la possession de savoirs ni à la maîtrise d’un outil. Elle se manifeste dans la capacité à mobiliser des ressources, à interpréter une situation, à exercer un jugement et à agir de façon responsable.
Ce cadre nourrit mes conférences, mes ateliers et mes travaux sur la transformation du travail au Québec.
Il relie l’IA, les compétences, la relève et le transfert des savoirs critiques à une même exigence : préserver le jugement dans le travail réel.

Et dans votre organisation, quelles décisions doivent demeurer sous responsabilité humaine ?
Découvrons, ensemble, comment traduire les transformations de votre travail en compétences critiques, en responsabilités claires et en capacités d’action.
Visuel créé avec l’aide de l’IA.
Recherche, collaborations et mobilisation des connaissances
Mes travaux portent sur les transformations du travail, le développement des compétences, le jugement humain ainsi que l’articulation des transitions numérique et socioécologique. Ils s’inscrivent dans des collaborations avec des chercheuses et chercheurs, des établissements d’enseignement, des réseaux de recherche et des partenaires socioéconomiques.
Par la recherche, l’enseignement et l’intervention, je contribue à faire circuler les connaissances entre les disciplines, entre les ordres d’enseignement et entre les milieux de recherche et de pratique.
Le SAVOIR-AGIR numérique traduit cette démarche en repères concrets pour comprendre, décider et agir.
Mes repères et cadres de référence pour le
SAVOIR-AGIR
Henri Boudreault, qui a été mon professeur à l’UQAM, a structuré ma manière de relier apprentissage, action et professionnalisation. Son influence se traduit par une pédagogie à visée andragogique, centrée sur l’action, la mise en situation et la préparation au travail réel.
Dans cette même logique, David A. Kolb et Philippe Perrenoud consolident l’idée que l’apprentissage devient puissant lorsqu’il prépare à agir, transférer et traiter des situations complexes, pas seulement à restituer.
Cette orientation vers l’action appelle
ensuite une question centrale :
qu’est-ce qu’agir avec compétence, dans le réel.
Avec Guy Le Boterf, un mentor qui a fortement influencé ma façon de penser la compétence, je situe la compétence là où elle compte vraiment : dans l’action réussie en situation. Elle ne se résume ni à un savoir, ni à une intention, ni à une qualité personnelle. Elle se manifeste lorsqu’une personne sait agir avec pertinence, en combinant et en orchestrant des ressources hétérogènes selon les exigences du contexte.
Dans cette logique, agir avec compétence, c’est mobiliser et articuler des ressources personnelles (connaissances, savoir-faire, expérience, posture, autorégulation, discernement), des ressources organisationnelles (processus, règles, collectif, données, repères qualité) et des outils numériques, dont l’IA, pour produire un résultat pertinent et maîtrisé. L’enjeu n’est pas d’avoir plus de ressources, mais de savoir lesquelles activer, dans quel ordre, avec quels arbitrages, et avec quelle responsabilité face aux effets produits.
C’est exactement dans cette filiation que j’adapte et opérationnalise la notion de SAVOIR-AGIR dans les environnements de travail transformés par l’intelligence artificielle : une capacité à décider et à agir dans le réel, avec jugement, sens des conséquences, traçabilité et redevabilité.
Dans un environnement de travail transformé par l’IA, cette filiation est précieuse, car elle évite deux pièges symétriques : confondre la performance technique avec l’action compétente et réduire la compétence à l’outil seul. L’IA peut soutenir certaines tâches, accélérer certains traitements et élargir l’accès à certaines ressources. Mais le SAVOIR-AGIR demeure le pivot dès qu’il faut contextualiser, arbitrer, assumer une décision, et répondre de ses impacts dans une situation concrète.
Sur le plan de l’évaluation, Jacques Tardif rappelle une exigence centrale : une compétence ne se valide pas par l’intention, mais par des manifestations observables. Situations authentiques, traces pertinentes et critères explicites deviennent alors essentiels pour évaluer le SAVOIR-AGIR. Mais ce qui rend ces manifestations possibles, surtout quand le réel résiste, c’est la qualité du jugement. C’est ici que Donald A. Schön devient un repère décisif. Il met au centre la réflexivité : réfléchir dans l’action, puis revenir sur l’action, surtout lorsque le réel résiste aux procédures. Dans cette perspective, l’esprit critique est une compétence en situation : questionner ses hypothèses, vérifier, puis ajuster son jugement. À l’ère du numérique, des données et de l’IA, c’est un garde-fou essentiel pour valider, contextualiser et assumer les effets des décisions.
Laurence Devillers, ses travaux invitent à considérer l’IA comme un système de médiation plutôt que comme un décideur autonome. En travaillant sur l’interaction humain-machine et la responsabilité, elle permet de prolonger le SAVOIR-AGIR dans un environnement assisté par des systèmes intelligents.
Le recours à l’IA ne déplace pas la responsabilité humaine. Il en renforce l’exigence : vérifier, interpréter, arbitrer et répondre des décisions prises.
Enfin, le paradoxe de Hans Moravec (1988) m’aide à cadrer l’IA sans fascination ni rejet. Il met en évidence une asymétrie : la performance dans les tâches formelles n’équivaut pas automatiquement à la robustesse de l’action située. Cela renforce l’idée que le SAVOIR-AGIR devient critique dès qu’il faut arbitrer dans l’incertitude, gérer des contraintes et répondre des effets produits.
Le SAVOIR-AGIR constitue le socle de mes travaux sur le travail réel, la décision et la responsabilité en situation. Dans mes recherches et mes interventions, j’adapte cette notion aux environnements transformés par l’intelligence artificielle, les données, l’automatisation et les outils numériques.

Photo : Mathieu Chevalier
Mon approche
Je m’appuie sur des repères théoriques et pédagogiques, enrichis par mon rôle de coauteur du Référentiel des compétences transversales liées à
Mon approche relie l’exigence académique, le travail réel et les capacités d’action.
Elle transforme les référentiels en repères concrets pour décider, agir et apprendre en situation.
Éric Mateu-Huon est coauteur du Référentiel des compétences transversales liées à l’économie circulaire, un outil québécois conçu pour mettre en lumière les compétences nécessaires à l’accélération du passage à l’action en économie circulaire.
Références clés
1. OECD. (2026). OECD Digital Education Outlook 2026 : Exploring Effective Uses of Generative AI in Education.
OECD Publishing (Paris). DOI : 10.1787/062a7394-en
2. Le Boterf, G. (2010). Construire les compétences individuelles et collectives : Agir et réussir avec compétence, les réponses à 100 questions
(5e éd.). Éditions d’Organisation (Eyrolles).
3. Tardif, J. (2006). L’évaluation des compétences : Documenter le parcours de développement.
Chenelière Éducation (Montréal).
4. Schön, D. A. (1983). The Reflective Practitioner : How Professionals Think in Action.
Basic Books (New York).
5. Kolb, D. A. (2014). Experiential Learning : Experience as the Source of Learning and Development
(2nd ed.). Pearson Education.
Les affiliations institutionnelles, les activités de recherche et les services professionnels présentés sur ce site relèvent de cadres distincts. Les mandats commerciaux de Socrate.quebec ne sont ni réalisés au nom de l’Obvia, du RRECQ ou du Cégep André-Laurendeau, ni cautionnés par ces organisations.

Les Futurs du travail
au Québec :
une méthode,
pas une prédiction !
J’utilise volontairement l’expression « les Futurs du travail » au pluriel. Il n’existe pas un avenir unique qui s’imposerait uniformément au Québec, mais plusieurs trajectoires possibles, façonnées par les secteurs d’activité, les réalités régionales, les transformations technologiques, les changements démographiques et nos choix collectifs.
Parler des Futurs du travail ne consiste pas à prédire les métiers qui disparaîtront ni à annoncer avec certitude ce que deviendra le marché de l’emploi au Québec.
La prospective cherche plutôt à repérer les transformations en cours, à explorer différents scénarios et à comprendre les décisions susceptibles d’en modifier la trajectoire.
Une même technologie peut produire des effets très différents selon la manière dont elle est intégrée. Elle peut automatiser certaines tâches, en transformer d’autres, déplacer des responsabilités ou faire émerger de nouveaux besoins de compétences.
L’avenir du travail dépend donc moins de la technologie elle-même que des choix d’organisation, de formation et de gouvernance qui accompagnent son déploiement.
Réfléchir aux Futurs du travail, c’est se poser trois questions : qu’est-ce qui est en train de changer, quelles trajectoires deviennent possibles et quelles décisions devons-nous prendre aujourd’hui pour préparer celles que nous souhaitons privilégier ?
Au Québec, l’enjeu n’est pas de découvrir un avenir déjà écrit. Il est de construire les capacités nécessaires pour comprendre les transformations, anticiper leurs effets et orienter collectivement les trajectoires du travail.
Éric Mateu-Huon
CONFÉRENCIER | EXPERT-CONSEIL
TRANSFORMATION DU TRAVAIL
Leadership · IA · Savoir-agir numérique



