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Trois chiffres. Trois signaux. Une responsabilité.

  • Photo du rédacteur: Éric Mateu-Huon
    Éric Mateu-Huon
  • 11 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 mars


Professeur en salle de classe avec tableau IA

Au Québec, 12,7 % des entreprises utilisaient déjà l’intelligence artificielle à des fins de production au deuxième trimestre de 2025. La même année, le taux de chômage des 15 à 24 ans atteignait 9,7 %, contre 4,8 % chez les 25 à 54 ans. Et à l’échelle des économies avancées, le FMI estime qu’environ 60 % des emplois seront touchés par l’IA.


Voilà le décor dans lequel j’enseigne !

Pas dans un futur abstrait. Ici, maintenant, dans nos classes, au Québec.


On pourrait regarder tout cela comme une simple transition technologique. Ce serait une erreur.

Ce qui arrive n’est pas seulement une nouvelle vague d’outils. C’est une transformation silencieuse, mais profonde, de l’entrée dans le travail. Et comme souvent, ce ne sont pas les plus installés qui encaissent le premier choc. Ce sont les plus jeunes. Dans une économie au ralenti, où les embauches se raréfient, les personnes en recherche d’un premier emploi et les travailleurs peu expérimentés sont les premiers pénalisés. Depuis 2023, les jeunes ont d’ailleurs été touchés plus rapidement que les travailleurs plus âgés.


Et je l’avoue : c’est aussi ce qui me travaille le plus comme enseignant.

C’est exactement là que ma raison d’être en enseignement devient plus nette.

Je n’enseigne pas dans un monde où il suffirait encore d’accumuler des connaissances, de livrer un bon travail et d’attendre son tour. J’enseigne dans un monde où les premières marches de l’escalier bougent. Or, quand les premières marches bougent, ce sont les plus jeunes qui risquent de perdre pied.


La question n’est donc plus seulement : que faut-il apprendre ?

La vraie question est plus exigeante, et plus urgente : que faut-il transmettre pour qu’un jeune puisse encore entrer dans le travail avec une valeur claire, une pensée solide et un jugement qui tient ?


Je regarde mes 72 étudiants de la session d’hiver 2026, en DEC Gestion et entrepreneuriat, et je vois très bien le paradoxe. Je vois une génération rapide, débrouillarde, créative, souvent très à l’aise avec les interfaces, les plateformes et les codes du numérique. Mais je vois aussi une génération qui arrive sur un marché où plusieurs tâches d’entrée, celles qui servaient autrefois de premier terrain d’apprentissage, commencent déjà à être absorbées, comprimées ou redessinées par l’IA. Je le vois dans leurs questions, parfois très simples en apparence :


« Monsieur, est-ce qu’il faut encore choisir ce qu’on aime, ou choisir ce qui va survivre à l’IA ? »


Au Québec, l’analyse de textes est déjà l’un des usages les plus fréquents de l’IA en entreprise. Au Canada, certaines études montrent que les activités de nature cléricale présentent le risque d’automatisation le plus élevé, et que l’écriture figure elle aussi parmi les activités les plus exposées. Les postes les plus touchés sont justement des postes de soutien, de bureau, de saisie et de traitement de l’information.


Autrement dit, l’IA ne ferme pas à elle seule les portes du marché du travail. Mais elle en change déjà la forme.


Et quand la forme des portes change, enseigner ne peut plus vouloir dire la même chose.

Je n’enseigne pas pour rivaliser avec une machine qui répond plus vite que moi. Je n’enseigne pas pour défendre nostalgiquement une école d’avant. Encore moins pour faire la promotion naïve des outils IA.


Ce que je veux transmettre est devenu, au contraire, plus précieux à mesure que tout s’accélère.

Le goût de comprendre, avant de produire. La capacité de lire une situation, avant d’exécuter.

La rigueur du langage. L’endurance intellectuelle. Le sens de l’effort. La faculté de distinguer une réponse plausible d’un raisonnement solide.


Car le vrai sujet n’est pas l’IA.

Le vrai sujet, c’est le travail réel.

Qui fait quoi ? Avec quoi ? Jusqu’où ? Et avec quel jugement ?


C’est là que se joue, selon moi, l’essentiel. On le voit déjà dans plusieurs recherches récentes : externaliser une tâche à l’IA peut améliorer la performance, sans produire de véritable apprentissage. Réussir avec l’outil ne signifie pas automatiquement comprendre sans lui. Dans le même esprit, une part importante des compétences actuelles des travailleurs sera transformée ou deviendra périmée d’ici 2030.


Cela veut dire une chose très simple : un diplôme, à lui seul, ne suffira plus.

Il faudra davantage qu’un bagage technique. Il faudra une solidité intellectuelle. Une capacité plus profonde à s’ajuster, à interpréter, à arbitrer et à décider.


Voilà pourquoi j’enseigne encore.

J’accompagne la génération Z au moment précis où le marché du travail cesse d’être un corridor prévisible. Je veux que mes étudiants ne deviennent pas seulement des utilisateurs efficaces d’outils puissants, mais des personnes capables de comprendre ce qu’elles délèguent, de vérifier ce qu’elles produisent et d’assumer ce qu’elles signent.


Je veux aussi qu’ils sachent encore lire longtemps, penser lentement, questionner sérieusement et parler avec précision, dans un monde qui récompense trop souvent la vitesse avant la profondeur.

Au fond, la ligne de fracture qui s’annonce n’opposera pas simplement ceux qui utilisent l’IA à ceux qui ne l’utilisent pas. Elle opposera ceux qui garderont leur jugement à ceux qui l’auront sous-traité.


C’est là, au fond, que mon métier d'enseignant prend tout son sens.

Pas pour remplir des têtes. Pas pour suivre une mode. Pas pour lutter contre l’époque.

Je continue pour que mes étudiants ne deviennent pas les assistants de leurs outils.

Je continue pour qu’ils comprennent que l’avenir ne se joue pas seulement dans la puissance des machines, mais dans la qualité du discernement humain.

Je continue pour qu’ils entrent dans le travail avec autre chose qu’une simple efficacité de surface.


Le vrai risque, au fond, ce n’est pas que l’IA pense à notre place.

C’est que nous cessions, peu à peu, de penser par nous-mêmes.


Sources :

Statistique Québec, 2025, 2026 | Institut du Québec, 2026 | FMI, 2024 |OCDE, 2026.


Transparence :

Image générée par l’IA.

Texte pensé et écrit par un humain, puis relu avec l’IA.

@ 2026 Éric Mateu-Huon.


À l’ère de l’instantané, je choisis encore le temps long de l’écriture. Merci d’avoir pris ce temps. Éric 🙏

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